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FROM THE EDITOR

The Legal 500 Paris est un ouvrage de référence pour des milliers de professionnels du droit des affaires, y compris de très nombreux juristes d’entreprises. Nous y classons près de 300 cabinets d’avocats opérant en France. Plus qu’un simple annuaire, The Legal 500 Paris offre une analyse détaillée de 45 domaines d'expertise juridique différents.

Le travail de recherche est effectué par une équipe de rédacteurs expérimentés qui s’entretiennent chaque année avec des centaines d’avocats et interrogent des milliers de clients. Ce sont sur ces bases que sont établis les classements, tous accompagnés d’un éditorial qui passe en revue les forces et l’expertise de chaque cabinet.

Pour toute question sur The Legal 500 Paris, veuillez contacter par email editorial@legal500.com.


 

Il aura fallu l'élection présidentielle du 7 mai 2017, qui a porté à la tête du pays Emmanuel Macron, un jeune président réformiste, pour que les mêmes avocats qui décrétaient un an plus tôt que la ‘France rétrécit!’, clament du jour au lendemain: ‘La France est de retour!’. Un inversement brutal de tendance que l'avènement du Brexit en Angleterre et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis ont aussi contribué à exacerber. Mais si les avocats français semblent se laisser aller à un élan d'optimisme et de confiance plutôt inédit, leur ADN reste en substance inchangé et demeure toujours marqué par l'incertitude et l'imprévisibilité de leur profession, et ce particulièrement dans un marché juridique concurrentiel et dont les évolutions semblent rapidement s'accélérer ces dernières années.

L'année 2017 a été faste pour les revenus des cabinets grâce à un volume élevé de transactions sur le marché. Autre cause de réjouissance, les avocats des grandes firmes ont regardé avec un œil satisfait l'adoption expresse des premières réformes fiscales et de droit du travail en faveur d'un environnement économique et juridique plus flexible et plus pro-business; un message clairement adressé aux investisseurs que le gouvernement entend réformer le pays, et à grande vitesse.

Ce nouveau dynamisme passe déjà par la réalisation de nombreux grands chantiers de modernisation - pour certains lancés sous les législatures antérieures - dont l'aménagement du Grand Paris, quand ‘le marché des énergies renouvelables est euphorique’. En effet, dans la présentation de son Plan Climat, Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire, a précisé l’objectif du gouvernement de ramener à 50 % la part du nucléaire d’ici 2025 et obtenu le vote d'une loi engageant le pays à mettre fin à la recherche et à l'exploitation des hydrocarbures. Les appels d'offres lancés pour la réalisation de plusieurs grands projets d'éolien offshore en mer - dont celui du futur parc de Dunkerque qui devrait fourni plus d'énergie qu'une centrale nucléaire - ont attiré de très nombreux candidats et investisseurs.

Enfin, l'attribution des Jeux Olympiques à Paris en 2024 est venu fortifier l'orgueil national, en plus de promettre le lancement de plusieurs grands chantiers publics qui devraient mobiliser de manière importante les avocats.

Cependant, ce regain d'activité et d'attractivité n'est pas sans en inquiéter certains qui croient déjà déceler, derrière le grand appétit des investisseurs, les signes annonciateurs de la fin d'un cycle: ‘Les valorisations des entreprises dans les secteurs du numérique, de la pharma et des biotech sont très élevées. Il y a eu d'importantes cessions dans ces domaines, par exemple, Thales, dont l'état français est l'actionnaire principal, a racheté Gemalto pour 4,8 milliards d'euros. Les prix sont trop élevés!’ retient un avocat français d'une grande firme américaine.

La même analyse semble s'appliquer au secteur immobilier selon les dires d'une associée spécialiste du marché: ‘Il y a aujourd'hui un avant ou un arrière gout de 2007; les prix sont déraisonnables. Les fonds opportunistes ont même disparu du marché; ils trouvent la France trop chère!’. Un constat que semble particulièrement bien illustré la récente acquisition de l'ensemble immobilier Cœur Défense - qui avait été placé sous sauvegarde après la disparition de Lehman Brothers - par le hedge fund américain Lone Star pour un montant record proche des 2 milliards d'euros.

L'inquiétude semble enfin se profiler lorsque la profession envisage son avenir à moyen terme. ‘L'entrée dans l'ère digitale fait peur aux cabinets, mais bien que cela inquiète, très peu investissent dans ce domaine. Il va pourtant falloir adapter l'offre’, explique un associé.

Si certains cabinets d'avocats ont déjà développé des applications numériques à destination de leurs clients, beaucoup restent à la traine et très peu ont lancé une véritable réflexion sur le sujet, alors que les premières legal tech sont déjà présentes et que les premiers robolawyers, en provenance des Etats-Unis, ont fait leurs premiers pas sur le marché français en droit fiscal. Un associé d'un grand cabinet, particulièrement au fait des évolutions, en tire les premières conclusions et pointe notamment du doigt le manque de réalisme de la profession: ‘Il faut éduquer jeunes comme vieux sur le digital, car c'est toute l'organisation du travail et la relation client qui doivent changer. Par exemple, il y a une vraie frayeur chez les avocats pour aller travailler dans une legal tech parce qu'on a une vieille conception de la profession. Pourtant, dans l'avenir, il ne restera probablement plus que les grands cabinets d'avocats et les cabinets de niche - et rien au milieu’.

De nombreux cabinets ont néanmoins revu une partie de leur business-model en intégrant l'idée que l'activité d'un cabinet doit dorénavant se concentrer sur le travail à forte valeur ajoutée: ‘Avec l'arrivée des technologies, il va falloir sortir des dossiers tout venant pour se focaliser sur ceux ayant un vraie valeur ajoutée, comme le contentieux’ et a contrario: ‘toutes les tâches sans valeur ajoutée, type audit, on s'en débarrasse’ commente une associée d'un grand cabinet. En conséquence, les stratégies de développement ont été quasiment inversées: les recrutements dans les grands cabinets se font dorénavant au compte-goutte et sont de plus en plus axés sur le qualitatif: ‘On a une grosse pression sur les honoraires et en même temps une demande de prestation à la baisse car les clients internalisent. Il faut donc être plus sélectif dans nos dossiers et se concentrer sur le premium. Il faut se rendre à l'évidence: on ne pourra pas nourrir tout le monde. On ne va pas grandir’ analyse un associé d'un grand cabinet. Un autre surenchérit: ‘Il faut la prudence du Sioux pour grandir’.

Des matières autrefois plus annexes, comme le droit de la concurrence ou le contentieux, sont maintenant identifiées par les cabinets comme des disciplines stratégiques, d'avenir et deviennent de plus en plus rémunératrices aux vues des récentes évolutions juridiques. Les autorités publiques ont elles-mêmes placé le curseur sur davantage de transparence et ont fait de la lutte anti-corruption leur cheval de bataille. Elles ont doté les organismes de contrôle et de répression de moyens plus importants et ont même créé de nouvelles institutions pour mener à bien leur politique. Les sanctions encourues sont prises très au sérieux par les entreprises, tandis que les avocats voient déjà dans ce phénomène "l'américanisation" de la France et du droit avec le développement en parallèle d'une justice transactionnelle.

Ainsi, depuis sa création en 2014, ‘le Parquet national financier (PNF) a diligenté de nombreuses enquêtes’ et collabore aujourd'hui de manière croissante avec des autorités étrangères. Des entreprises se retrouvent ainsi régulièrement sous le feu de plusieurs enquêtes judiciaires menées en parallèle dans plusieurs juridictions. Le PNF a ainsi suivi le Serious Fraud Office en Angleterre et choisi d'ouvrir à son tour une enquête en France pour corruption contre Airbus.

Les grands procès de fraude fiscale continuent de défrayer la chronique en France. Les multinationales, les grandes entreprises de la Silicon Valley, ainsi que des investisseurs et des managers spécialisés dans le private equity sont particulièrement visés par des audits et des procédures judiciaires. McDonald’s est l'objet d'une enquête pour blanchiment de fraude fiscale, quand UBS devrait passer devant les tribunaux français à l'automne 2018 pour fraude fiscale. HSBC a quant à lui accepter de régler une note de 300 millions d'euros à l'état français en signant la première convention d'intérêt public afin d'éviter un procès. On retiendra aussi la confirmation en appel de la condamnation de l'ancien ministre de l'économie et des finances Jérôme Cahuzac pour fraude fiscale, mais la relaxe du marchant d'art Guy Wildenstein en première instance dans une affaire de fraude fiscale qui avait été qualifiée par le parquet comme ‘la plus longue et la plus sophistiquée’ de l’histoire récente en France - on attend le verdict en appel.

Et certains avocats eux-mêmes se trouvent solidairement inquiétés par ces accusations de fraude fiscale: ‘De nombreux avocats sont terrorisés par cette tendance’ commente un grand avocat pénaliste qui défend un de ses collègues mis en cause dans une affaire.

Un autre ténor du barreau a remarqué que ‘les hommes politiques sont de plus en plus nombreux à venir frapper à la porte. Le col blanc est inquiet !’. Les affaires Fillon et Sarkozy sont dans toutes les têtes.

Mais l'un des évènements les plus marquants de l'année 2017 et qui a suscité beaucoup d'intérêt et d'investissement de la part des cabinets d'avocats, reste sans conteste l'introduction officielle de la compliance dans le droit français. Suite à l'adoption de la loi anti-corruption Sapin II à la fin de l'année 2016 par la précédente législature, les entreprises françaises ou étrangères ayant une activité en France, employant plus de 500 collaborateurs et avec un chiffre d’affaires de plus de 100 millions d’euros, sont tenues de mettre en place des programmes de conformité sous peine de se voir sanctionner par la nouvelle Agence anti-corruption spécialement créée. Les premières enquêtes de contrôle ont été lancées à la fin de l'année 2017: ‘Les entreprises sont en retard. Beaucoup d'entreprises du CAC 40 n'ont rien en place, il y a une urgence brulante’ s'alarme un associé d'un grand cabinet américain à Paris.

Les cabinets d'avocats, des grandes firmes aux plus petits acteurs, ont vite sauté sur l'occasion, voyant là en partie une réponse toute trouvée à leurs inquiétudes, en plus d'une opportunité de générer une nouvelle base de revenus. Le marché a donc connu ce que certains qualifient une ‘prolifération’ des offres et packages de compliance qu'ils jugent mal-calibrés et mal-adaptés, car peu de cabinets ont réellement une expertise dans ce domaine. Et en matière de compliance, les avocats se retrouvent en concurrence avec d'autres métiers, dont celui d'assureur ou de consultant qui sont en mesure de proposer une offre à moindre cout.

L'introduction de la compliance dans le droit français ne parviendra donc pas à elle-seule à assurer le salut de la profession, mais elle aura au moins eu le mérite de porter la réflexion sur son avenir un peu plus loin. Un début de réponse semble passer par une plus grande ouverture et un décloisonnement du métier: ‘Quelle est la vraie place d'un avocat?’ s'interroge une associée d'un cabinet international; ‘aller au fond des choses, faire du droit et aider stratégiquement les clients; ce n'est pas juste fournir une armée de gens! Il faut donc aussi impliquer des équipes techniques et des consultants dans la gestion des risques et dans la réflexion’.

L'inquiétude de la profession s'est ressentie dans un marché très volatile en 2017 et au cours du premier semestre 2018. Plusieurs associés stars du marché ont effet changé de cabinet. Selon un très bon connaisseur du marché: ‘il y a beaucoup de conflits entre associés; cela a toujours été le cas mais aujourd'hui les situations s'enveniment pour différentes raisons. D'abord, parce que le bâtonnier, qui jouait un rôle de juge de paix auparavant, intervient beaucoup moins depuis quelques années. Et puis, la façon de gérer les cabinets peut poser problème; certains business-models sont en eux-mêmes créateur de conflits. Enfin, il y a tout l'enjeu de la clientèle quand un associé décide de partir; une situation qui est propre à la profession d'avocat. En effet, le directeur d'une entreprise lambda ne partirait pas avec la clientèle!’.

Plusieurs cabinets ont mis l'accent sur les recrutements au cours de l'année 2017 et dans les premiers mois de l'année 2018:

Dentons a fait venir dans ses rangs une des associées star de la place dans le domaine de la propriété intellectuelle avec Marianne Schaffner qui a rejoint le cabinet avec son équipe en provenance de Dechert LLP; ainsi que Pascal Schmitz, un expert particulièrement réputé dans le domaine immobilier et qui était chez King & Spalding LLP; et Julien Bacus, un spécialiste des financements structurés qui était auparavant chez Ashurst LLP.

DLA Piper a mis en place un dispositif de premier plan dans le domaine de la création de fonds en reconstituant presque identiquement l'ancienne équipe de SJ Berwin, devenu ensuite King & Wood Mallesons Paris quelques temps avant de fermer ses portes. Le cabinet a ainsi recruté l'une des meilleures équipes de droit fiscal spécialisées dans ce domaine qui est emmenée par Sylvie Vansteenkiste, Fanny Combourieu et Raphaël Béra - qui avaient tous avant brièvement rejoint Reed Smith; avant de faire venir aussi le légendaire George Pinkham, ainsi que Julien Vandenbussche qui était parti chez Tikehau Capital, et Benjamin Aller qui a fait un bref passage chez MJ Hudson à Paris. A noter cependant, le départ de Michel Frieh pour établir Frieh Associés.

Jones Day, qui montre un fort appétit de croissance depuis ces dernières années, a continué à combler sa gamme de compétences en faisant venir d'autres experts de haut rang: David Swinburne (private equity) en provenance de Linklaters, Christine Van Gallebaert (titrisation, covered bonds, fonds de dettes) auparavant chez Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I., et Elie Kleiman (arbitrage international) anciennement chez Freshfields Bruckhaus Deringer LLP .

Freshfields Bruckhaus Deringer LLP s'est doté d'une équipe de private equity de tout premier plan en attirant le dispositif d'Ashurst LLP constitué de Guy Benda, Yann Gozal, Nicolas Barberis et des experts en financement LBO que sont Laurent Mabilat et Stéphanie Vannier Corbière.

CMS a ajouté à ses rangs une équipe d'une douzaine d'avocats spécialiste du domaine immobilier, en provenance d'Herbert Smith Freehills LLP et emmenée par Pierre Popesco, Florence Chérel et Benjamin Bill.

Reed Smith a connu plusieurs défections. En plus du départ d'une partie de son équipe de droit fiscal pour DLA Piper, le cabinet a aussi vu partir son équipe de droit de la propriété intellectuelle, emmenée par Marina Cousté, François Jonquères et Romain Viret (of counsel) pour Simmons & Simmons LLP. Il a en revanche su attirer dans ses rangs la très réputée Victoria Westcott, auparavant chez White & Case LLP, qui est une très bonne spécialiste des financements d'actifs, et Peter Rosher (arbitrage) qui exerçait au sein de Pinsent Masons LLP.

Le marché du droit de la concurrence a été partiellement ré-agencé: Willkie Farr & Gallagher LLP a perdu deux de ses associés emblématiques suite aux départs d'un des plus grands noms du marché, en la personne de Jacques-Philippe Gunther, pour Latham & Watkins et de David Tayar pour Clifford Chance - qui avait perdu quelques mois plus tôt Patrick Hubert pour Orrick Rambaud Martel. François Brunet a lui quitté Cleary Gottlieb Steen & Hamilton LLP pour se rapprocher d'Hogan Lovells (Paris) LLP. Enfin, Veil Jourde qui avait perdu Emmanuel Tricot au profit de LPA-CGR avocats, est en discussion avec l'une des meilleures boutiques du marché - Fréget – Tasso de Panafieu - dans l'optique d'une fusion.

A noter aussi parmi les mouvements des stars du marché: le recrutement d'un des grands noms du M&A en la personne d'Olivier Diaz par Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I. auprès de Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP; et l'arrivée chez Quinn Emanuel Urquhart & Sullivan, LLP de l'avocat de contentieux Kami Haeri qui était l'un des membres emblématiques d'August Debouzy - ce dernier cabinet a répondu en accueillant dans ses rangs le vice-président du barreau de Paris, Basile Ader, en provenance du Cabinet Ader Jolibois.

Enfin, on peut noter également dans le monde de l'arbitrage les mouvements suivants: Elie Kleiman, anciennement chez Freshfields Bruckhaus Deringer LLP, a rejoint Jones Day; Marc Henry (contentieux, arbitrage international) est passé du cabinet Hughes Hubbard & Reed LLP à Fischer, Tandeau de Marsac, Sur & Associés; Emmanuelle Cabrol a quitté Herbert Smith Freehills LLP pour Ashurst LLP; inversement, Thierry Tomasi est passé de chez Betto Seraglini à Herbert Smith Freehills LLP; Sabrina Aïnouz et Jérôme Lehucher ont quitté Curtis, Mallet-Prevost, Colt & Mosle LLP pour DWF (France) AARPI; Pinsent Masons LLP a perdu Peter Rosher pour Reed Smith mais attiré dans ses rangs Jean-François Le Gal qui a quitté Brown Rudnick LLP.

Enfin, le pénaliste Hippolyte Marquetty, auparavant chez Chatain & Associés, a rejoint Allen & Overy LLP.

Au sein des structures, il y a plusieurs rapprochements importants à noter: la création de Viguié Schmidt & Associés qui est le résultat de la fusion entre SLVF et Viguié Schmidt; la boutique européenne de référence en droit de la propriété intellectuelle HOYNG ROKH MONEGIER et la boutique française leader dans le domaine du contentieux de brevets Véron & Associés ont annoncé leur rapprochement; l'une des meilleures boutiques du droit de la concurrence du marché Fréget – Tasso de Panafieu a prévu de fusionner avec Veil Jourde au cours de l'année 2018.

Parmi les nouveaux arrivants d'origine internationale, on retiendra l'ouverture du bureau parisien de la firme anglo-saxonne dédiée au contentieux indemnitaire en droit de la concurrence nomnée Hausfeld, sous la direction de Laurent Geelhand.

 

ENTRETIEN AVEC...

Des associés qui sont à la tête de leur cabinet ou d’un domaine d’expertise particulier confient au Legal 500 la façon dont leur cabinet s'adapte aux besoins de leurs clients

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